Histoire de philosophe

Ah Pangloss ! Martin ! Ma chère Cunégonde ! Qu’est-ce que ce monde-ci ?” disait Candide sur le vaisseau hollandais.

“Vous connaissez l’Angleterre, y est-on aussi fou qu’en
France ?” “C’est une autre espèce de folie, dit Martin.

Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut.

En causant ainsi ils abordèrent à Portsmouth ; une multitude de peuple couvrait le rivage, et regardait attentivement un assez gros homme qui était à genoux, les yeux bandés, sur le tillac d’un des vaisseaux de la flotte.

Quatre soldats postés vis-à-vis de cet homme lui tirèrent chacun trois balles dans le crâne le plus paisiblement du monde, et toute l’assemblée s’en retourna extrêmement satisfaite.

“Qu’est-ce donc que tout ceci ? Dit Candide, et quel démon exerce partout son empire ?” Il demanda qui était ce gros homme qu’on venait de tuer en cérémonie ? “C’est un amiral”, lui répondit-on. “Et pourquoi tuer cet amiral ?”

“C’est, lui dit-on, parce qu’il n’a pas fait tuer assez de monde ; il a livré un combat à un amiral français, et on a trouvé qu’il n’était pas assez près de lui.”

“Mais, dit Candide, l’amiral français était aussi loin de l’amiral anglais que celui-ci l’était de l’autre ?” “Cela est incontestable, lui répliqua-t-on. Mais dans ce pays-ci il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres.”

Extrait de Candide, une des œuvres majeures de Voltaire (1694-1778), une de nos plus brillants philosophes.

Le vieil homme gros exécuté, c’est l’amiral Byng, déclaré coupable par la cour martiale anglaise de la défaite anglaise de Minorque contre les Français en 1756. Et Minorque devint territoire francais (1756-1763).

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